LIBERTÉ, LIBERTÉ CHÉRIE

LIBERTE

 

Il est des jours qui marquent l’histoire, des jours qui laissent des traces. Ce dimanche 11 janvier 2015 sera à coup sûr l’un de ceux-là. Au  moins 4 millions de gens dans les rues de France, 2 millions dans les rues parisiennes, une marée humaine que l’on avait plus  vue depuis la libération de 1945. C’est officiel, on a vécu un moment historique. Alors certes, il est difficile de célébrer un tel évènement. Des journalistes sont morts, des policiers, des gens comme vous et moi ont malheureusement été assassinés par des terroristes illuminés. La liberté de la presse s’est vue  recevoir une balle en pleine poitrine, mais depuis dimanche après-midi l’on sait qu’elle survivra.

Quel bordel cette histoire… Sérieux. Mais quel plaisir d’être sur la place de la République en ce jour. Quel plaisir de voir tous ces gens, tous ces inconnus, réunis pour célébrer la liberté, notre liberté, et rendre hommage aux victimes. Putain c’était fou, c’était flippant même, mais putain qu’est-ce que ça fait du bien de voir ça. On n’y croyait plus vraiment, une France unie, une France ensemble, un France qui se donne la main. Il aura donc fallu que trois tarés décident de nous tirer dessus pour qu’enfin l’on réagisse. C’est malheureux, mais mieux vaut tard que jamais, enfin je crois.

Décrire ce que représente une foule de 2 millions de personnes en un même lieu n’est pas réalisable, c’est comme essayer de compter le nombre de poils qu’on a sur le cul, c’est compliqué (parce que déjà, il faut y avoir accès, et une fois sur place, on se rend compte qu’il y en a beaucoup trop pour en faire une estimation complète). Alors pour faire simple, qu’importe l’endroit où vous étiez, il était impossible de voir autre chose qu’une énorme masse informe et irréelle, scandant avec fièvre et ardeur des « Nous sommes Charlie » et autre Marseillaise comme seul quelques grands évènements en ont le secret. Bien avant d’arriver sur la place déjà on comprenait qu’il se passait quelque chose d’unique. Une heure avant le regroupement « officiel » l’on pouvait voir des cohortes de gens descendre de toutes parts, unis comme un seul dans toutes les rues aux alentours de la place, avec la ferme intention de montrer que l’union était le maître mot du jour. Une fois sur place, je vous laisse imaginer l’ampleur de la situation. Impossible d’avancer, toutes les rues, tous les passages, tout était remplis à ras bord, il aurait fallu pousser les murs qui nous entouraient sur des centaines de mètres afin que toute cette foule soit contenu en un seul et même point. Mais, bien que cela puisse sembler étrange, c’était un calme olympien qui recouvrait cette foule. Personne ne se plaignant de cette proximité asphyxiante, pas un semblant d’agressivité durant toute la manifestation, juste 2 millions d’anonymes.

Bon par contre pour ce qui est du timing y a eu un gros problème dans la synchronisation des montres là. Une heure et demi après le début « programmé » de la marche, on n’avait pas encore fait 100 mètres, mais bon, passons, on n’était pas là pour voir du pays. Aussi, mais ça on ne l’a su que bien plus tard, la place de la Nation était déjà pleine quand nous étions censés commencer à marcher en sa direction, alors oui on pouvait attendre longtemps pour arriver jusqu’au bout (d’ailleurs, je te le dis maintenant lecteur adoré, je ne suis pas allé jusqu’au bout du parcours, les deux heures de statique et la marche de la place de la République jusqu’au Père-Lachaise auront finalement eu raison de moi, je le regrette encore à la minute où j’écris ces lignes). Mais je me réconforte en repensant à cette foule unis, qui, chose que je n’avais jamais vu auparavant (malgré cette vie de bourlingueur qui est la mienne désormais) n’a pas hésité une seconde pour applaudir chaudement les différents groupes de policiers qui jalonnaient notre route. Hommage d’une nation endeuillée aux représentants de l’ordre tombés en faisant leur devoir (putain jamais je n’aurai pensé écrire une phrase comme celle-ci un jour). Bref, un bien bel élan d’humanisme. La manifestation s’est d’ailleurs vue rallongée de plusieurs heures par rapport au programme établi, ça fait chaud au cœur. Un petit sourire en coin quand même en pensant aux Charlie disparus ce mercredi, eux qui se battaient contre toutes formes de symboles, voir 4 millions de gens dans les rues en leur honneur, ils ont quand même du bien se foutre de notre gueule.

Aussi, je tiens juste dire qu’aujourd’hui je suis plutôt fier de ce que l’on a montré aux yeux du monde. Maintenant reste à prouver que l’on est capable de continuer sur la lancée, et que ce n’est pas seulement dans ces moments de doutes extrêmes que l’on est capable de se bouger le cul.

Une pensée quand même aux familles des victimes, aux journalistes, aux policiers morts pendant leurs services, on ne les oubliera pas de sitôt. Et une pensée aux assassins eux aussi, j’espère qu’ils ne m’en voudront pas, de là où ils sont, si je leur dis qu’ils ne nous manqueront pas le moins du monde.

Et puis, juste pour rigoler, finir dans une imprimerie après avoir buté une rédaction entière… C’est quand  même con la vie.

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