L’Edito

Quand l’aventure Archibald a démarrée, les rares personnes qui m’ont accompagné étaient tout comme moi de simples étudiants, qui cherchaient un moyen de changer un peu leur quotidien. A vrai dire, l’idée d’un magazine m’est venue alors que je cherchais juste à occuper mes journées avant de reprendre la fac après les partiels du premier semestre. Naissait donc une première formule d’Archibald, faite de bric et de broc, caractéristique de l’inexpérience qui était la nôtre. Malgré cela, les premières retombées furent positives et nous donnèrent envie de remettre la main à la pâte pour amplifier le mouvement. Un site arriva vite, le nombre de contributeurs grossit et on commençait un peu à parler de nous à droite et à gauche dans les facs de Nice. C’était sympa, grisant même de pouvoir raconter les histoires qui nous plaisaient, de faire découvrir les personnalités culturelles, surtout, qui nous inspiraient. Et toutes les opportunités que nous a permis Archibald, comme une émission de radio peu, voire pas du tout, écoutée mais qui restera dans nos cœurs tout comme l’organisation d’une soirée dans un hôtel bien classe de la promenade des Anglais.

On a commencé en étant des gamins à peine majeurs et vaccinés, le magazine a évolué en même temps que nous et le regard que l’on porte sur le monde. On a voulu voir plus loin que ce que l’horizon nous permettait de voir, explorer ce monde qui s’offre à nous, le décortiquer et essayer de le comprendre. Qu’on se le dise, et même si le terme de génération m’est assez vague, c’est bien notre génération qui représente ce qu’est et sera le XXIe siècle. Nous sommes le XXIe siècle. Et c’est à nous de l’explorer pour essayer de le raconter. Si notre baseline indique « explorateurs du XXIe siècle », ce n’est en aucun cas pour se targuer d’avoir déjà accompli quelque prouesse digne des plus grands explorateurs de notre monde mais bien pour marquer notre intérêt à déchiffrer le XXIe siècle, ce qu’il nous réserve et où il va nous amener. L’exploration revêt dans Archibald toutes formes possibles et imaginables, axée autour de trois thèmes qui nous sont chers : la société, la culture et le voyage. La société car nous sommes au début  d’une ère numérique et toutes les révolutions qui en découleront et qui ont déjà commencé vont venir définitivement enterrer l’ancien monde. Nous sommes dans une espèce de moyen-âge avec internet que l’on doit s’atteler à raconter le plus diversement possible pour rendre compte des bouleversements qui opèrent sur notre époque. La culture ensuite car c’est surement le moyen le plus exceptionnel, et trop souvent mis à mal, dont nous disposons pour comprendre une société. Et enfin le voyage car sommeille en nous le désir de parcourir le monde à la rencontre de l’autre sans chercher à tout prix l’exotisme et le sensationnalisme dont nous sommes déjà suffisamment abreuvés. Il y aura donc des récits de voyage faits maison qui n’entrent dans aucune logique journalistique mais qui méritent d’être partagés. Notre  terrain de jeu n’est cependant pas uniquement centré sur ce qui se passe depuis l’an 2000, rassurez-vous. Pour avancer et nous construire un futur, nous devons voir et comprendre ce qui a déjà été (très) bien accompli par le passé. Ne vous étonnez pas par exemple de retrouver sous peu le portrait du précurseur de la musique electro en Afrique sur ce site.

Il y a un urgent besoin de rompre avec ce quotidien fade que l’on nous présente et nous impose jour après jour. Et surtout essayer de s’arracher d’un normal bien trop confortable qui nous tend sans cesse les bras. Notre curseur d’intérêt qui était essentiellement urbain, comme un peu partout ailleurs, se doit de s’élargir. Nous devons nous intéresser à ce qui se passe dans les campagnes, dans les montagnes et sur les littoraux qui sont les centres névralgiques de notre temps. L’excellent et indispensable manifeste L’Aventure pour quoi faire ? (Collection Points Aventure) regroupe en une dizaine d’essais les idées et points de vue d’écrivains, journalistes, aventuriers sur ce que peut encore être l’esprit d’aventure au XXIe siècle.  Le voyageur et poète Gérard Chaliand y explique comment la société européenne est devenue bien trop craintive et s’est renfermée sur elle-même, en partie dit-il à cause des médias. Nous entreprendrons ici le fou dessein de combattre cette morosité ambiante en la cassant à coup d’histoires qui racontent notre monde et son extrême diversité. Et pour cela nous avons besoin de vous, que vous nous suiviez depuis le début ou que vous arriviez tout juste sur le site.  Malheureusement, ou fort heureusement selon les points de vue, nous ne sommes pas rattachés à quelconque structure, et les moyens investis ici proviennent de la sueur de nos fronts. Vous seuls rendrez notre travail valable et concluant.

En espérant que ceci ne soit que le début d’une autre aventure, plus grande encore.

Paul Demougeot

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