LA CONSTRUCTION #4 : UN ÉPISODE MARQUANT DU VOYAGE

Dans la Construction, nous vous proposons de suivre de façon hebdomadaire l’avancée de la création de notre première revue, centrée sur la région PACA.

Aujourd’hui, dans La Construction, un épisode un petit peu particulier puisque nous allons nous attarder sur l’un des épisodes marquants de notre voyage. Pas de making-of de notre revue donc mais un récit de voyage, à la fois drôle et triste suivant les points de vue.

Après la Camargue, après la morne plaine de la Crau, notre trajet nous a mené dans le Luberon, que nous attaquons par Lourmarin et la tombe d’Albert Camus. Le soir nous devons dormir à Apt, une des grosses bourgades du coeur du Luberon de 12000 habitants. Pour situer l’action, cela fait quelques jours que nous dormons dehors, sans confort particulier. Notre escale à Apt est attendue depuis quelques temps puisque nous nous sommes vu proposer de passer une nuit dans un entrepôt au sein duquel un petit studio est aménagé. Commence ici l’histoire la plus drôle de notre voyage, mais aussi la plus malsaine. Le genre de rencontre qui fait le sel de voyages au coeur de la France comme ceux que nous espérons pouvoir faire dans les années prochaines mais qui ne trouverait jamais sa place dans une revue. Internet est donc là pour témoigner de cette petite histoire, sans malveillance mais avec la volonté de raconter une histoire.

Nous devions récupérer les clefs auprès d’un certain Jules*, aussi hébergé dans l’immense entrepôt. Nous le retrouvons à la boutique dans laquelle il travaille pour qu’il nous confie les clefs le temps que sa journée de travail soit finie. Il ne souhaite pas nous confier les clés et préfère attendre la fin de sa journée pour venir avec nous. Cela nous ferait attendre quatre heures de plus alors que nous rêvons juste de pouvoir nous poser tranquillement et faire notre lessive. Et prendre une douche car la dernière remonte à Marseille, deux jours avant. Il faut dire que la dernière nuit dans la Camargue alors en proie à des vents violents qui causeront d’importants incendies a été particulièrement éprouvante. Jules a le regard frêle, qui ne fixe pas droit dans les yeux. Il s’exprime bizarrement, donnant l’impression d’être dans une séduction permanente. Finalement, il consent à nous donner les clés, mais nous demande d’être là pour son retour à 19 heures. Nous partons à la recherche dudit entrepôt et le trouvons assez aisément. Il est au beau milieu d’anciens bâtiments industriels en briques rouges du centre d’Apt. L’endroit est sympathique, rappelle les friches de Barjols. Pour ce qui est de l’intérieur, c’est une toute autre affaire. Le hangar ressemble à ce que l’on peut espérer d’un hangar : très haut de plafond et avec une multitude d’objets de décoration. Le studio, au fond, est bien plus rustique. Il ne semble être conçu que pour y crécher une nuit tout au plus. Jules y est depuis quinze jours. Nous lançons notre machine puis allons enfin pouvoir nous doucher à tour de rôle. Simon part le premier mais revient cinq minutes après. Il est impossible de se doucher, tout est bouché. Nous attendrons un jour de plus pour espérer pouvoir nous laver. Vers 19h, notre lessive est étendue et nous nous préparons pour aller faire quelques emplettes et ainsi profiter d’une vraie cuisinière. Mais Jules n’arrive pas. Il ne répond pas non plus au téléphone. Les commerces vont bientôt fermer. Finalement, vers 20h, il arrive. Avec pour seule commission une bouteille de rosé du Luberon qu’il s’attelle à commencer. Nous nous asseyons à côté de lui puis entamons la discussion. Il nous pose quelques questions puis dévie en deux minutes sur ses supposées maitresses de Nice en apprenant que nous avons étudié là-bas. Il parle ensuite de son divorce qui l’a conduit ici. Nous aimerions bien continuer à l’entendre mais il nous faut à manger. Les marchés sont fermés, nous chercherons une épicerie dans le centre d’Apt. En sortant, un habitant lambda nous crie dessus « Allez l’OM ! » sans raison apparente. Tout à l’air fermé dans cette petite ville du Vaucluse. Simon et Kevin s’aventurent dans une épicerie slave tenue par une grande femme très forte. Je reste dehors. Ce qu’elle vend ne me dis pas plus que cela. Je croise un habitant et lui demande où puis-je trouver une épicerie ouverte. Il m’en indique une à deux rues. Je fais signe à travers la vitre à Kevin et Simon d’abandonner l’opération slave. Ils sortent sans rien dire à la patronne. C’est plutôt drôle à voir. Nous nous dégottons finalement un paquet de pâtes, une sauce tomate et du fromage qui feront notre bonheur.

De retour au hangar, Jules a maintenant migré sur son lit où il est torse nu et aux deux tiers de son rosé. Sur son torse, des bouts de mini-saucisson qu’il s’enfile un par un. Climax du malaise. Il n’a qu’une cocotte sale depuis au moins une semaine à nous proposer. Nous préférons utiliser nos popotes. Voilà donc les trois remplies d’eau prête à bouillir sur les plaques. Evidemment, le courant saute au bout de cinq minutes. Nous n’arriverons pas à le remettre de la soirée. Nos pâtes seront cuites avec notre réchaud. Qu’elles furent délicieuses. Après manger, Jules, qui titubait pour de bon cette fois, nous sort des matelas d’une petite pièce pour la nuit. Nous apprenons que des polonais avaient dormi dedans quelques jours auparavant. Vu qu’il n’y a plus de courant, notre hôte ne peut plus charger son téléphone et nous demande de le réveiller à 6h30 pour que le départ se fasse à 8h. Encore une fois, la nuit allait être courte mais nous voulions tout de même aller boire un verre en ville. Tous les bars étaient fermés. Il ne restait qu’un bar espagnol, sur une très jolie petite place. La sangria était bon marché. On aurait dit que tous les restaurateurs, barmans etc se retrouvaient ici après leur service. Au bout de vingt minutes et alors que la pression retombait un peu, l’épicière slave arriva et se mis à parler assez fort et vulgairement avec une autre slave, tout aussi forte. Lorsque son regard se posa sur le notre, nous comprimes qu’il fallait finir cette sangria et aller mettre un terme à cette journée. Finalement, les lits utilisés par les polonais se révélèrent de bonne facture. Mais la nuit fut encore une fois trop courte. A 6h30, le réveil de Simon sonna. A demi-réveillé, je le vis se lever et se diriger vers la chambre de Jules pour lui annoncer l’heure. Nous devions aussi nous lever pour tout ranger et être prêt à partir le temps voulu. À 7h50 nous étions prêts. Notre rendez-vous matinal était à 10h à Forcalquier, qui est à 45 minutes de route d’Apt. Jules avait entre temps réussi à remettre le le courant. Comme dernier cadeau, il nous dit à 8h qu’il ne partirait finalement qu’à 9h30. Sans trop penser à l’heure et demi de sommeil que nous aurions pu avoir, nous décidions de quand même partir, dans une une volonté de mouvement perpétuel.

*le prénom a été modifié, sait-on jamais.

56430013

Ça n’est pas Jules, il n’est pas torse-nu.

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