COMMENT UNE APPLICATION S’EST RETROUVÉE ACCUSÉE DE NE PAS PRÉVOIR UNE ATTAQUE RACISTE AUX ETATS-UNIS

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Et si les possibilités offertes par les nouveaux médias sociaux donnaient des idées aux racistes et autres dégénérés préparant des attaques meurtrières comme on en voit assez souvent aux Etats- Unis ? C’est la question que l’on peut se poser après les incidents qui ont touché l’Université du Missouri à la fin de l’année 2015. Dans cette Université, où les problèmes racistes sont monnaie courante, les élèves noirs ont protesté assez sévèrement contre le président de l’institution, Tim Wolfe, qui n’en ferait pas assez pour stopper l’hémorragie de menaces à caractère raciste proliférées dans l’enceinte de l’Université. Dans un climat tendu, où l’on a retrouvé un svastika peint sur un mur, ces étudiants ont décidé de manifester non pas en défilant mais en se servant d’un réseau social créé en 2013 : Yik Yak. Manifestation 2.0 pour crier son désespoir tout en restant chez soi.

Camaraderie anonyme ?

Lorsque Brooks Buffington et Tyler Droll ont l’idée de cette application, ils viennent de finir leurs études. Leur idée est de pouvoir poster anonymement des messages sur un fil regroupant toutes les personnes dans un rayon de 8 kilomètres environ, et ce de manière complètement anonyme. Quand Buffington revient dans une note de leur blog sur les raisons qui les ont poussé à créer cette application, il met en avant le côté communauté qui s’échangerait des bons conseils, des infos, et créerait des liens de camaraderie. L’application est interdite aux moins de 17 ans, et va construire des « géo-clôtures » aux alentours des collèges et lycées pour que l’application ne soit pas utilisable dans ces lieux. C’est en Université qu’elle va se développer jusqu’à en devenir très populaire. Elle est aujourd’hui évaluée entre 200 et 300 millions de dollars, emploi une soixantaine de personnes dans la Silicon Valley et regroupait déjà 100000 utilisateurs mensuels à peine plus d’un an après son lancement. Mais la parole, et en particulier celle anonyme, se libère bien plus facilement sur internet et peut être le théâtre de toutes sortes de menaces et insultes totalement gratuites. Lorsqu’un utilisateur, géo localisé près de l’Université du Missouri a posté un message suite à la manifestation des étudiants noirs en avertissant qu’il se rendrait le lendemain sur le campus et ouvrirait le feu sur toute personne noire, la majorité des élèves a pris la menace très au sérieux et ne n’est pas rendu à l’Université le lendemain. La menace, d’autant plus qu’elle était anonyme, est apparue difficilement contrôlable et surtout évitable. Des questions se posent sur la dangerosité de l’application, pourtant censée repérer les messages à caractère haineux et les supprimer. Garantissant également l’anonymat de ses utilisateurs, la police ne peut avoir accès aux données des utilisateurs à moins d’une citation à comparaître, où elle pourra divulguer adresse IP et numéro de téléphone du suspect. Dans le cas de la menace imminente qui pesait sur l’Université du Missouri, un suspect a été arrêté, sans que l’on sache totalement comment. Yik Yak aurait accéléré les démarches pour repérer l’individu sous la pression. Le suspect, Hunter M Park, 19 ans, pas même inscrit à l’Université est depuis en prison en attendant son procès.

Ou terreau pour les menaces ?

 

Après cet épisode, un communiqué de l’application affirmait que Yik Yak travaillait conjointement avec les autorités locales et les forces de l’ordre dans la prévention de menaces de ce type. Mais ce communiqué soulève bon nombre de questions. Comment Yik Yak identifie les menaces, surtout imminentes ? Ils ne peuvent seulement se contenter de prévenir les autorités lorsque bon leur semble, ou compter sur leurs utilisateurs pour signaler un propos qui leur paraîtrait louche. Car les problèmes ne s’arrêtent pas à ceux d’ordre raciste. On trouve toutes sortes de menaces sur l’application, du chantage jusqu’à la divulgation d’une sextape. Face à ces dérives, une coalition de 72 féministes et manifestants pour les droits civiques ont exhorté le département Education du pays de prendre des mesures afin de protéger les étudiants des mauvaises surprises d’applications anonymes comme Yik Yak. Et Brooks Buffington de leur répondre, tout en condamnant l’acte, que Yik Yak est « une extension du vrai monde directement autour de vous, et comme le vrai monde, Yik Yak peut devenir assez bordélique. Avec la multiplication des médias sociaux et la possibilité de plus en plus sûre de pouvoir échanger de manière complètement anonyme, le débat portant sur l’anonymat et ses dérives sur Internet ne devrait pas connaître de repos dans les prochaines années.

Hunter M Park

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