BIRDMAN

birdman1

 

Birdman captive dès son ouverture, s’avérant des plus déstabilisants pour le spectateur. On aperçoit Riggan Thomson qui médite en lévitation dans sa loge, avant que la caméra ne le suive dans les coulisses du St. James Theatre, en route vers les ultimes répétitions de la pièce supposée relancer sa carrière.

Tout se déroule très vite et l’on se rend compte progressivement de l’éblouissant tour de force technique qu’a réalisé Alejandro González Iñárritu pour son cinquième long-métrage. Le film a en effet été écrit et conçu pour donner l’impression d’être un seul et unique plan-séquence, ce qui a dû représenter un travail d’équipe colossal. Birdman pouvait ainsi soulever toutes les craintes habituelles du film-concept au vu, d’une part, du buzz orchestré autour des similitudes troublantes entre la carrière de Michael Keaton et celle du personnage qu’il incarne et, d’autre part, son approche formelle. Cela étant, le spectateur est très vite rassuré. Evitant tous les écueils possibles, Alejandro González Iñárritu traite de son sujet d’une manière exemplaire et son approche expérimentale n’est jamais superflue mais apporte au contraire une fluidité bluffante au film. Le fait que la caméra reste toujours en mouvement accentue efficacement la lutte livrée par le héros avec son surmoi incarné par le personnage de Birdman, étant donné qu’il n’y a presque jamais de coupure entre ces moments de folie et le reste des scènes.

En dehors de la mise en scène, la bande originale est également étonnante, Iñárritu ayant fait appel au batteur Mexicain Antonio Sanchez qui a improvisé plus de soixante morceaux pour le film. La batterie permet de suivre le cheminement intérieur de Riggan, rappelant fortement Répulsion de Roman Polanski. Toutefois, contrairement à ce que pourrait laisser penser la bande annonce, le rapport halluciné qu’entretient Riggan Thomson avec le personnage de Birdman n’est finalement pas l’intérêt principal du film. Il est avant tout question de sujets classiques tels que le besoin d’être aimé ou, plus précisément pour un acteur, d’être admiré (l’ex-femme de Riggan lui reprochera d’ailleurs d’avoir toujours confondu amour et admiration). En racontant l’histoire d’un acteur tentant désespérément de faire son come-back une vingtaine d’année après la sortie de « Birdman 3 », Iñárritu aborde le rapport malsain à la célébrité qu’entretient chaque acteur, et la nature éphémère et stigmatisante de cette célébrité, critiquant d’une manière plus globale une culture du règne de l’instantané. Si Michael Keaton livre une performance remarquable, les autres acteurs ne sont pas en reste et chaque personnage apporte subtilement une réflexion supplémentaire sur les thèmes abordés. Edward Norton est hilarant en Mike Shiner, jeune acteur surdoué qui vient faire de l’ombre à Riggan Thomson. Ce personnage illustre d’ailleurs parfaitement les rapports conflictuels de l’acteur à la réalité. L’acteur est décrit dans Birdman comme une personne dont le charisme de façade est toujours rattrapé par la lâcheté dont il fait preuve au quotidien, ou quand la guerre des égos aboutit à une hilarante échauffourée entre Michael Keaton et Edward Norton. Le personnage de la fille de Riggan Thomson apporte également un point de vue intéressant, s’agissant du seul personnage important n’étant pas concerné par la réussite de la pièce de théâtre. On retiendra de la performance d’Emma Stone la scène dans laquelle, par un monologue d’une violence inouïe, elle confronte son père à son propre échec.

Seul le dernier acte du film permet soulève quelques réserves. Alors que jusque-là le film était parfaitement équilibré, Iñárritu finit par exploiter à outrance la frontière entre le réel et ce qui ne résulte que de l’imagination du héros, provoquant ainsi chez le spectateur une confusion qui n’était pas nécessaire. Cela n’enlève cependant rien au plaisir ressenti devant Birdman, tant pour sa générosité que pour la sincérité de son propos. Absurdité de la chose, la réalité pourrait bientôt rattraper la fiction : Michael Keaton, qui à l’image de Riggan Thomson est resté célèbre pour son interprétation de Batman sous la direction de Tim Burton, est en lice pour remporter l’Oscar 2015 du Meilleur acteur et recevoir ainsi une consécration inespérée. Il le mérite.

 

Laisser un commentaire